Un coup de feu a été tiré près d’une école du quartier Ranguin à Cannes, relançant l’inquiétude des habitants déjà éprouvés par plusieurs fusillades récentes dans le secteur de La Frayère. La mairie évoque un règlement de comptes lié au trafic de drogue, et une enquête de la police nationale est en cours pour identifier les auteurs.
Résidence Sainte-Jeanne à Cannes : deux fusillades en une semaine
Pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui, il faut revenir quelques jours en arrière. La résidence Sainte-Jeanne, dans le quartier de La Frayère à Cannes, a été visée à deux reprises en l’espace d’une semaine.
Le 25 août, vers 23 heures, un véhicule a pénétré dans la résidence. Au croisement des bâtiments G-H-I, ses occupants ont ouvert le feu en direction d’un parking. Un habitant témoigne dans Nice-Matin : « On a entendu des crissements de pneus, puis on a d’abord pensé à de gros pétards, mais c’était en réalité des coups de fusil. »
La police a bouclé le quartier une partie de la nuit. Une carcasse de Renault Mégane calcinée a été retrouvée sur le chemin isolé du Béal, probablement le véhicule utilisé par les tireurs. Puis, le 1er septembre, de nouveaux coups de feu ont retenti dans la même résidence.
Des habitants interrogés par Ouest-France décrivent un climat qui « ressemble à la guerre ». L’un d’eux résume : « C’est terminé, je m’en vais. »

Trafic de drogue à La Frayère : un conflit territorial derrière les tirs
Pourquoi cette répétition au même endroit ? Les riverains ne se contentent pas d’un simple « règlement de comptes ». Plusieurs témoignages recueillis par des médias locaux pointent une recomposition du trafic de stupéfiants depuis fin 2025, après la mort d’un jeune homme en décembre dans le même quartier.
Cette disparition aurait provoqué un vide dans l’organisation locale du deal. Les fusillades récentes seraient liées à la lutte pour le contrôle d’un point de vente, pas à un différend ponctuel entre individus.
Concrètement, les habitants décrivent un dispositif quotidien :
- Des guetteurs (appelés « choufs ») postés en permanence à l’entrée des bâtiments pour surveiller les allées et venues
- Des véhicules inconnus qui circulent à grande vitesse dans les allées de la résidence, parfois la nuit
- Des tirs qui visent des zones où les jeunes « squattent », selon le témoignage publié par Nice-Matin
Ce n’est pas un quartier où les tirs arrivent par hasard. La résidence Sainte-Jeanne est identifiée comme un point de deal actif, et les fusillades traduisent un affrontement pour son contrôle.
Coup de feu près d’une école à Cannes : la proximité qui alarme
Le tir signalé dans le quartier Ranguin a provoqué une onde de choc particulière parce qu’il s’est produit à proximité d’une école. BFM Nice Côte d’Azur rapporte que la mairie de Cannes a qualifié l’événement de règlement de comptes en lien avec le trafic de drogue.
Pour les parents d’élèves, cette proximité change la nature du problème. Un riverain cité par Nice-Matin résume : « Une balle perdue aurait pu toucher une maman ou un enfant. »
La rentrée scolaire amplifie cette angoisse. Cannes a communiqué sur l’amélioration des conditions d’apprentissage dans ses écoles, mais le sujet de la sécurité aux abords des établissements domine les conversations locales.
Réaction de la mairie et des habitants
Une réunion publique sur la sécurité a été programmée à La Bocca. Ces réunions ne sont pas nouvelles dans ce secteur des Alpes-Maritimes, mais l’accumulation des faits divers récents leur donne un caractère plus urgent.
Les habitants expriment aussi leur colère envers le bailleur social Erilia, gestionnaire de la résidence Sainte-Jeanne. Selon Nice-Matin, plusieurs locataires estiment qu’« Erilia n’en a rien à faire de ses locataires » et réclament des mesures concrètes : sécurisation des accès, vidéoprotection, présence humaine.

Enquête de police à Cannes : ce que l’on sait des investigations
Les enquêteurs de la police nationale travaillent à partir d’éléments matériels limités. Lors de la fusillade du 25 août, les auteurs ont pris la fuite et le véhicule utilisé a été retrouvé entièrement calciné, ce qui complique la collecte d’indices.
Les tireurs étaient cagoulés, selon les témoignages recueillis. Aucune interpellation n’a été confirmée publiquement à ce stade pour les événements les plus récents.
Le mode opératoire se répète d’un épisode à l’autre :
- Arrivée rapide en véhicule dans l’enceinte de la résidence
- Tirs en direction d’une zone précise (parking, pied d’immeuble)
- Fuite immédiate et destruction du véhicule par incendie
Ce schéma, typique des rivalités liées au trafic de stupéfiants, rend l’identification des auteurs plus difficile. L’enquête reste ouverte et les investigations se poursuivent dans le secteur de La Frayère.
Sécurité dans les quartiers de Cannes : un ras-le-bol qui dépasse La Frayère
Le quartier de La Frayère n’est pas le seul concerné par ces tensions à Cannes. Le secteur Ranguin, La Bocca et plusieurs résidences des Alpes-Maritimes connaissent des épisodes similaires, même si la concentration récente des tirs à Sainte-Jeanne en fait un cas particulièrement marquant.
Les habitants décrivent un sentiment d’abandon. Les opérations policières menées ces derniers mois n’ont pas suffi à démanteler durablement le trafic. « Malgré les opérations, le trafic de stups semble toujours avoir établi domicile à Sainte-Jeanne », note Nice-Matin.
La question dépasse le maintien de l’ordre. Elle touche au logement social, à l’urbanisme, à la gestion des espaces communs. Quand les tirs se rapprochent des écoles, c’est toute la vie du quartier qui se fige.
Les prochaines semaines diront si les investigations en cours aboutissent à des interpellations. Pour les familles de La Frayère et de Ranguin, chaque soir sans détonation compte.

