Les start-up belges s’engagent dans la production de films écoresponsables

Sur un tournage récent près de l’Université de Liège, l’équipe de production a installé l’hébergement à proximité du plateau, négocié la restauration avec des fournisseurs locaux, mis en place des navettes électriques et recruté une green manager dédiée à la réduction de l’empreinte carbone. Ce type d’organisation ne relève plus de l’exception en Belgique. Plusieurs start-up belges spécialisées dans la production de films écoresponsables structurent désormais ces pratiques pour en faire un standard opérationnel plutôt qu’un coup de communication.

Green manager sur le plateau : un poste qui change la logistique de tournage

Le premier signe concret d’un tournage écoresponsable, ce n’est pas un label accroché au générique. C’est la présence d’une personne mandatée pour arbitrer chaque décision logistique sous l’angle environnemental.

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Sur le terrain, la green manager intervient dès la préproduction. Elle cartographie les déplacements prévus, identifie les prestataires locaux capables de fournir matériel, catering et hébergement, et propose des alternatives aux trajets longue distance. Pendant le tournage, elle surveille la gestion des déchets, le tri sur site et la consommation énergétique des groupes électrogènes.

Ce rôle existe dans d’autres pays européens, mais les start-up belges l’intègrent directement dans leur organigramme de production. Ce n’est pas un consultant externe appelé en fin de projet. La green manager participe aux réunions de repérage, négocie avec les régisseurs et adapte le plan de travail pour limiter les allers-retours entre décors.

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Équipe d'une start-up belge autour d'une table de travail dans un entrepôt converti, planifiant une production cinématographique durable

Les retours varient sur l’impact budgétaire de ce poste. Certaines productions signalent un surcoût initial, d’autres constatent des économies sur le transport et la restauration grâce à une logistique mieux pensée en amont.

Aides publiques belges pour l’éco-production audiovisuelle

En Belgique, le soutien public à la transition écologique dans l’audiovisuel prend une forme concrète côté flamand. VLAIO propose des aides à l’entrepreneuriat durable qui couvrent une partie du surcoût écologique. Ce dispositif s’adresse aux entreprises innovantes qui adaptent leur processus de production, y compris les sociétés de production de films et de contenus audiovisuels.

Cette approche financière change la donne pour les petites structures. Une start-up qui investit dans du matériel d’éclairage basse consommation, des véhicules électriques de régie ou des solutions de stockage numérique moins énergivores peut solliciter un financement partiel. On passe d’une logique où l’écoresponsabilité est un coût supplémentaire à un modèle où elle est partiellement subventionnée.

Le Centre du Cinéma et de l’Audiovisuel de la Communauté française avait déjà commandité une étude sur les tournages écologiques dès 2009, réalisée par Sophie Cornet dans le cadre de l’Institut Eco-Conseil de Namur. Ce travail posait les bases d’une réflexion qui a mis plus d’une décennie à se transformer en outils concrets pour les producteurs.

Bilan carbone et traçabilité : ce que les coproducteurs exigent maintenant

L’éco-production ne se limite plus à trier les gobelets sur un plateau. Les partenaires de coproduction, notamment les diffuseurs européens, demandent désormais des preuves mesurables.

ARTE illustre cette tendance. La chaîne franco-allemande intègre des critères environnementaux dans ses contrats de coproduction et pousse ses partenaires à réaliser des bilans carbone. Pour une start-up belge qui coproduit avec un diffuseur de cette envergure, le bilan carbone devient une condition contractuelle, pas un bonus marketing.

Cette exigence de traçabilité pousse les producteurs à documenter chaque poste d’émission :

  • Transport des équipes et du matériel, avec le détail des modes de déplacement choisis et les distances parcourues
  • Consommation énergétique sur le plateau, incluant les groupes électrogènes, l’éclairage et la climatisation des espaces de travail
  • Gestion des décors et des costumes, en distinguant ce qui est loué, réutilisé ou fabriqué pour le tournage
  • Stockage et transfert des données numériques, un poste souvent sous-estimé mais significatif sur les productions lourdes en effets visuels

Les start-up belges qui se positionnent sur ce créneau développent des outils de suivi adaptés aux budgets modestes. Plutôt que des audits coûteux, elles proposent des tableurs structurés et des méthodes de calcul simplifiées qui permettent de produire un bilan carbone exploitable sans mobiliser un cabinet externe.

Réalisateur belge supervisant un tournage écoresponsable en plein air avec des équipements alimentés à l'énergie solaire à Liège

Éco-production en Belgique : au-delà du cinéma classique

Les démarches les plus récentes ne se cantonnent plus aux longs-métrages de fiction. La production de contenus corporate, de documentaires et de vidéos institutionnelles adopte les mêmes principes. Des sociétés comme Good Times Production affichent une démarche RSE fondée sur des choix concrets et précisent ouvertement les limites de leur engagement, signe d’un discours plus mature que le greenwashing habituel.

L’animation représente un autre front. Au niveau européen, des initiatives comme le pilote Animpact travaillent sur une certification durable spécifique aux productions d’animation. La Belgique, avec des studios comme DreamWall basés à Charleroi, dispose d’un tissu d’entreprises concernées par cette évolution.

Ce qui distingue la scène belge, c’est la taille des structures. On parle rarement de majors. Ce sont des équipes de cinq à vingt personnes qui intègrent l’écoresponsabilité dans leur fonctionnement quotidien parce que c’est compatible avec leur échelle. Une petite équipe peut changer ses pratiques logistiques en quelques semaines, là où un grand studio met des mois à valider un nouveau protocole.

Les start-up belges engagées dans la production de films écoresponsables ne réinventent pas le cinéma. Elles appliquent des méthodes concrètes (green management, bilans carbone, logistique locale) à un secteur qui a longtemps traité l’environnement comme un sujet secondaire. Le levier financier public flamand et les exigences croissantes des coproducteurs européens accélèrent le mouvement. Reste à voir si ces pratiques se généralisent au-delà des structures déjà convaincues.

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