L’épargne solidaire séduit de plus en plus de jeunes actifs

Chaque mois, une partie du salaire est versée sur un plan d’épargne entreprise. La case « fonds solidaire » est cochée par défaut. Sans y réfléchir, des milliers de jeunes actifs financent ainsi des projets d’insertion, de logement social ou de transition écologique. L’épargne solidaire progresse en France, et ce sont souvent ces mécanismes discrets qui expliquent son succès auprès des moins de 35 ans.

Épargne solidaire « sans effort » : le rôle du LDDS et de l’épargne salariale

Vous avez déjà remarqué que votre Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS) portait le mot « solidaire » dans son nom ? La plupart des détenteurs l’ouvrent pour son taux garanti et sa disponibilité immédiate, pas pour son volet social. Le LDDS a pourtant vu son encours moyen augmenter régulièrement depuis 2009, avec une proportion croissante de livrets atteignant le plafond.

Ce livret représente l’archétype du produit solidaire « sans effort ». Il est proposé par toutes les banques, ne demande aucune démarche particulière et offre une liquidité totale. Pour un jeune actif qui débute sa carrière, c’est le chemin de moindre résistance.

L’épargne salariale constitue le premier canal de collecte solidaire en France. Depuis la loi Pacte, chaque plan d’épargne entreprise doit proposer au moins un fonds solidaire. Concrètement, le salarié n’a qu’à cocher une option lors de son affectation d’intéressement ou de participation. Le fonds solidaire est parfois même sélectionné par défaut.

Ce mécanisme explique pourquoi l’épargne solidaire progresse alors que la majorité des épargnants ne pourraient pas nommer un seul projet qu’elle finance. Le sondage OpinionWay réalisé pour France Active et FAIR en 2023 révélait que le manque d’information reste le premier frein : beaucoup d’épargnants ignorent ce que leur argent soutient réellement.

Jeune couple discutant de placements éthiques et d'épargne solidaire avec un conseiller financier

Produits solidaires engagés : pourquoi les jeunes actifs passent à côté

À côté du LDDS et de l’épargne salariale, il existe des placements plus directement fléchés vers l’économie solidaire. Des foncières solidaires financent l’accès au logement, des plateformes de financement participatif soutiennent des fermes en transition, des associations comme Siel Bleu proposent des livrets d’épargne solidaire dédiés au bien-vieillir.

Ces produits demandent une démarche active : chercher l’organisme, comprendre le fonctionnement, accepter un horizon de placement plus long et parfois une liquidité réduite. La plupart des jeunes actifs arbitrent en faveur de la simplicité, pas contre l’impact.

Pourquoi ce choix ? Trois facteurs pèsent dans la balance :

  • La liquidité : un jeune actif qui constitue son épargne de précaution veut pouvoir retirer ses fonds à tout moment. Le LDDS le permet, une part dans une foncière solidaire non.
  • La charge mentale : ouvrir un LDDS prend cinq minutes en agence ou en ligne. Investir dans un fonds solidaire spécialisé suppose de comparer des offres, lire des prospectus et accepter un niveau de risque différent.
  • La visibilité : les produits bancaires classiques sont poussés par les conseillers et les interfaces en ligne. Les investissements solidaires plus engagés ne bénéficient pas de la même exposition commerciale.

Ce tri révèle un arbitrage rationnel. Les jeunes actifs ne rejettent pas l’impact social, ils choisissent le canal qui demande le moins d’effort pour un résultat perçu comme comparable.

Ce que finance réellement l’épargne solidaire en France

En 2025, l’encours de l’épargne solidaire a atteint 34 milliards d’euros, en hausse de 15 % sur un an, selon les données relayées par l’association FAIR. Cette progression, la plus forte depuis 2021, repose à la fois sur de nouvelles souscriptions (environ 2,5 milliards d’euros de flux nets) et sur la valorisation des supports boursiers intégrés aux portefeuilles solidaires.

Derrière ces chiffres, l’argent est dirigé vers des projets concrets dans les territoires : logement social, structures d’insertion par l’activité économique, entreprises de la transition écologique, associations de solidarité internationale. L’épargne solidaire finance des projets locaux que l’épargne classique ignore.

Pour un jeune actif, savoir que sa participation ou son LDDS contribue à la rénovation d’un centre d’hébergement ou à l’installation d’un maraîcher bio peut donner du sens à une démarche autrement invisible. Le problème reste que cette information circule mal : l’enquête France Active/FAIR/OpinionWay de 2023 montrait qu’un Français sur quatre se dit séduit par l’épargne solidaire, mais que la plupart manquent d’éléments concrets pour aller plus loin.

Le Plan d’Épargne Avenir Climat, un nouveau produit pour les plus jeunes

Depuis peu, un nouveau support entre en jeu : le Plan d’Épargne Avenir Climat (PEAC). Accessible de la naissance jusqu’à 20 ans révolus, il est conçu pour orienter l’épargne des jeunes vers des placements compatibles avec la transition écologique sur un horizon long.

Le PEAC cible explicitement la génération qui n’est pas encore sur le marché du travail. Il pourrait créer un réflexe d’épargne fléchée bien avant l’entrée dans la vie active, là où le LDDS et l’épargne salariale n’interviennent qu’à partir du premier emploi.

Jeune homme gérant son épargne solidaire en ligne depuis son appartement avec un ordinateur portable

Épargne solidaire et jeunes actifs : un engagement par défaut qui pourrait mûrir

Le profil type du jeune épargnant solidaire n’est pas celui d’un militant. C’est un salarié qui a accepté l’option cochée dans son plan d’épargne entreprise, ou qui a ouvert un LDDS parce que son conseiller le lui a proposé. L’engagement est réel sur le plan financier, mais souvent passif sur le plan intentionnel.

Cette situation n’est pas forcément un défaut. L’entrée par le produit simple crée un premier lien avec la finance solidaire. À mesure que l’épargne de précaution se stabilise et que les revenus augmentent, certains jeunes actifs se tournent vers des placements plus ciblés : parts de foncières solidaires, financement participatif agricole, assurance-vie intégrant des fonds solidaires labellisés.

Le vrai levier reste l’information. Tant que les banques et les entreprises ne détaillent pas clairement les projets financés par leurs produits solidaires, la majorité des jeunes épargnants resteront dans une logique de placement pratique plutôt que de choix d’impact assumé. Les données de 2023 et la dynamique de 2025 montrent que la demande existe, mais qu’elle attend encore un accompagnement à la hauteur de l’encours mobilisé.

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